Un tournage de cinéma écoresponsable, c’est possible ?
2021-05-04

Un tournage de cinéma écoresponsable, c’est possible ?

Le cinéma est une industrie polluante. Le tournage d’un film ou d’une série implique en effet beaucoup de pollution. Construction des décors, éléments météorologiques artificiels, consommation d’électricité, transport des acteur-ice-s et équipes techniques… Nombreux sont les éléments allongeant la note environnementale du cinéma, il existe cependant des pistes pour l’alléger et certains ont déjà sauté le pas. 

Reed Hastings, le patron de Netflix, a confié les principaux éléments polluants qu’impliquent la création de contenu au Financial Times. Les décors et les déplacements sont selon lui sur le podium. Les décors sont en effet rarement recyclés, et les émissions directes sont en grande partie liées au carburant. Les éclairages et autres éléments techniques rentrent bien sûr également en compte dans la liste des polluants. Avec 1,1 million de tonnes de dioxyde de carbone émis en 2020 d’après les chiffres déclarés par Netflix, il y a en tous cas une certaine urgence à agir. Une étude Ecoprod de 2010 révèle par ailleurs l’exact même chiffre quant aux émissions liées à l’audiovisuel français.

Si on en revient aux plus grosses productions, les exemples non écologiques sont d’autant plus concrets. Pour le tournage du James Bond 007 Spectre, il a par exemple été fait usage de 7 Aston Martin vouées à finir à la casse, ou encore de neige et de pluie artificielles… Les consommations du personnel sont également problématiques, avec des milliers de bouteilles d’eau en plastique utilisées pour un tournage selon le Huffington Post. Techniciens, acteurs, figurants, maquilleurs… Toutes ces personnes, dont le nombre est variable en fonction du film ou de la série, ont évidemment besoin de consommer sur place.

Les lieux de tournages, lorsque ce ne sont pas de « simples plateaux », peuvent également nuire aux écosystèmes. Pour Expendables 2, une grotte bulgare abritant près de 22 000 chauve-souris a été utilisée. Une partie d’entre-elles n’aurait pas survécu. La faute peut cependant être également rejetée sur nous, spectateurs. Après le succès du film La Plage, la baie Maya Bay en Thaïlande a été dégradée par des milliers de touristes. Même constat pour Glen Etive, paysage écossais apparaissant dans Skyfall. Cependant, différentes initiatives ont été effectuées par de grands studios, et à nous d’en faire autant.

Les alternatives vertes mises en place

Du côté de Netflix, acteur majeur du milieu, il a récemment été décidé de privilégier l’embauche locale, de réduire les voyages en avion, et d’utiliser davantage de batteries électriques et ampoules LED. Un institut de la Nouvelle-Orléans s’est également vu doté des arbres utilisés pour le décor de Jurassic World. Chez Disneynature, une personne est en charge à temps plein de veiller à limiter les émissions de gaz à effet de serre et favoriser le recyclage au cours des tournages. Ces superviseurs permettraient de plus de faire des économies ! Les tournages écoresponsables tendent donc à séduire de plus en plus de studios.

Même les consommations alimentaires changent. La série Canal + L’Effondrement en est un exemple des plus probants. Cantine végétarienne, produits locaux, gourdes, absence de produits jetables, tri sélectif… Autant d’élément constatés par le Huffington Post lors du tournage. Et ce n’est pas tout ! Des minibus de covoiturage ont été mis en place, tout comme le recyclage des mégots, et la dématérialisation des fiches de paie. Même la Warner fait désormais appel à des régies végétariennes.

Les zones naturelles ont également le droit à plus d’égard. Netflix devrait notamment investir dans la régénération des écosystèmes d’ici 2022. Tout le monde n’est pas encore au diapason malheureusement. Le tournage du dernier James Bond s’est en partie déroulé dans les forêts de Nordmarka, au nord d’Oslo. Pour ce film, un bâtiment a entre autres été construit en 2020 en vue d’exploser. Il est probable également que le lieu devienne une nouvelle attraction touristique. L’office du tourisme de Dunkerque estimait par exemple que 32% des touristes de l’été 2017 avaient vu le film Dunkirk de Christopher Nolan, dont 28% l’ont eu comme motivation pour venir.

Les organismes engagés

Reste qu’en initiateurs des changements, il y a des organismes motivés. En France, nous avons par exemple Ecoprod. Le collectif permet d’évaluer le bilan carbone des productions, les guider vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement, sensibiliser les équipes… L’effondrement, série évoquée plus haut, a notamment compté dans son équipe une personne formée au sein du label, Pauline Gil. C’est elle qui a entre autres aidé à la mise en place des bons gestes lors du tournage.

Greenshoot soutient également l’écoresponsabilité au sein des industries créatives comme le cinéma. Il y est avant tout question d’éducation, mais l’entreprise britannique apporte en plus une aide concrète. Par exemple lors du tournage de la série à succès The Crown. Elle propose un calculateur carbone et collabore avec des entreprises éthiques. Des générateurs électriques sans émissions sont entre autres mis en valeur par Greenshoot. L’entreprise britannique aide aussi pour les productions publicitaires.

Retour en France où il existe également le programme AGIR+ de la Région PACA, qui offre des subventions aux tournages les plus verts. Idylliques Studios quant à elle est une société de production écoresponsable née en 2019 qui lutte autant pour réduire l’empreinte énergétique que le gaspillage lors des tournages. L’hexagone regorge encore d’autres organismes et entreprises engagés comme Calista Films, et même la société de placements de produits écologiques Pixetik. Le cinéma peut donc, et on espère qu’il le fera, poursuivre ses efforts environnementaux entre de bonnes mains.

 

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