Qu’arrive-t-il aux vêtements que personne ne porte ?
2020-12-14

Qu’arrive-t-il aux vêtements que personne ne porte ?

Le gâchis de l’industrie textile est un enjeu durable majeur, en France comme ailleurs : les marques produisent chaque année 100 milliards de vêtements dans le monde. La presse et l’opinion publique s’emparent de ce sujet au fur et à mesure que l’ampleur de la catastrophe est révélée. La fondation Ellen MacArthur, qui milite activement pour l’économie circulaire, estime notamment que l’équivalent d’un camion rempli de vêtements est brûlé chaque seconde dans le monde. Ces chiffres vertigineux amènent les interrogations suivantes : comment en est-on arrivés là ? Existe-t-il des solutions pour faire face à ce phénomène, et comment s’assurer qu’elles sont appliquées ?

Un business model linéaire

L’adjectif linéaire désigne le parcours de vie classique de nos vêtements, en opposition au système circulaire. Ils sont donc produits, vendus (en théorie) puis jetés. Ce système déjà peu durable est empiré par le problème des invendus : la majorité des marques de luxe et de fast fashion font de la surproduction ; elles se constituent un stock important pour être sûres de répondre à la demande des consommateurs, augmentant considérablement leur impact environnemental. Ce stock dépasse la demande, parfois en grandes quantités. Les marques non responsables choisissent alors trois options : le déstockage (soldes), le don à des charités (beaucoup plus rare) ou l’incinération pure et simple, un procédé extrêmement polluant. L’enseigne britannique Burberry avait notamment détruit en 2017 30 millions d’euros de vêtements et produits cosmétiques, créant un scandale international. Concernant les vêtements que des particuliers ne souhaitent plus garder, ils sont la plupart du temps revendus sur des sites de seconde main (une option assez responsable ! ), jetés pour être incinérés ou donnés à des associations.

Si l’on peut dire que les dons de marques et de particuliers aux associations est une bonne chose en soit, la réalité est qu’elles reçoivent des quantités ingérables de vêtements. Certains ne sont pas dans un état vendable et peu de solutions de recyclages existent pour les réutiliser, d’autres le sont mais restent trop nombreux à gérer. Ce phénomène a été amplifié par la série de Marie Kondo L’art du rangement sur Netflix, qui a incité des millions de gens à se débarrasser de leurs vêtements sans réfléchir à l’impact écologique et social engendré par cette action. Les associations se retrouvent dans l’obligation de jeter des tonnes de textiles, ou de les expédier à l’étranger dans l’espoir que les vêtements trouvent preneur. Cette démarche est en réalité une catastrophe à cause de son volume : des pays, majoritairement d’Afrique de l’Ouest, se retrouvent débordés et les vêtements finissent dans des décharges à ciel ouvert, brûlés ou jetés dans le Golfe de Guinée. Pour pallier notre mauvaise gestion du tri et notre surconsommation, nous ne faisons que déplacer le problème et cela abîme des territoires et des écosystèmes de pays sous-développés ou en voie de développement. 

Des pratiques qui font la différence

Certaines marques ont cependant intégré des éléments de la mode circulaire dans leur approche. Woodë, un label français produit par exemple ses créations à la demande et/ou à partir de tissus récupérés et upcyclés. C’est également l’approche de Noyoco, dont 50 à 70% des créations sont réalisées à base de matières de haute qualité, sourcées depuis les fins de rouleaux de maisons italiennes. Les marques peuvent aussi utiliser des matières recyclées comme chez Nénés Paris, dont les modèles de lingerie sont en fibres provenant de matières réutilisées à 100%.

Dans le cas des vêtements de particuliers, de nombreuses options se développent pour les revendre sur des applications. Il suffit également de tout simplement acheter moins et mieux pour éviter d’avoir à s’en débarrasser.

Consolider les solutions par le Droit

Si les initiatives de marque citées ci-dessus nous ravissent, il faut noter que des actions isolées de seuls certains acteurs du secteur ne seront pas suffisantes pour régler ce problème global. Une économie véritablement circulaire, en mode ou ailleurs, ne peut être atteinte qu’en réunissant la volonté des consommateurs, les efforts des entreprises… et des gouvernements ! Bonne nouvelle : la France a fait un pas, timide mais tout de même, dans cette direction. En effet, avec la Loi Économie Circulaire votée en début d’année, les marques n’auront plus l’autorisation de jeter leurs invendus non alimentaires à partir de 2022. Mais comment faire pour que les vêtements non vendus ne submergent pas les associations qui devront ensuite les expédier à l’étranger comme expliqué en début d’article ? Logiquement, les entreprises devraient réduire leur stock, produire moins et mieux, ou se tourner vers un système de pré-commandes comme le font déjà de nombreuses marques responsables. Les applications de cette lois sont donc encore incertaines, mais on espère qu’elle encouragera une transformation en profondeur des business models de marques polluantes.

Actuellement, il est donc encore possible de gâcher des vêtements en parfait état. Les efforts combinés des entreprises sur leur sur-production et une législation qui a les moyens de s’appliquer peuvent faire la différence et nous permettre de réduire drastiquement ce problème. La mode circulaire, par sa production consciente et son cycle de vie vertueux, est une opportunité pour l’industrie de la mode de modifier complètement son fonctionnement et faire une vraie différence sociale, économique et environnementale. Nous n’avons plus qu’à nous en donner les moyens !

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