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La mode unisexe est-elle réellement inclusive ?
2020-11-25

La mode unisexe est-elle réellement inclusive ?

Unisexe, mixte, genderless, genderfluid : comment le rapport au genre évolue dans la mode ? En s’habillant, nous jouons avec la mode. Nous nous habillons en fonction de nos humeurs, de nos rendez-vous, de nos émotions et aussi de notre genre. Du coup, la mode unisexe est-elle réellement inclusive ?

La mode bastion de l’identité de genre

La mode est genrée. Il y a les vêtements pour femme et les vêtements pour homme. Pour les enfants, cette distinction est souvent décriée comme trop connotée, limitant les petites filles aux imprimés princesse à paillettes et les garçons aux imprimés dragon et pompier. Mais qu’en est-il des garçons qui s’habillent avec des robes de princesse à paillettes ? Et qu’en est-il de la mode adulte ? Comment s’habiller quand on est une personne qui ne se retrouve pas dans le genre homme ou femme mais qui est fluide dans son genre ? Ca veut dire quoi être fluide dans son genre La notion d’identité de genre distingue le sexe en tant qu’organe sexuel d’une personne de son identité de genre à savoir masculin, féminin, les deux ou autre. Une personne peut naitre de sexe femme, et se sentir plus masculin sans pour autant changer de sexe. Et inversement un homme de sexe masculin peut assumer sa part féminine sans pour autant changer de sexe. C’est l’identité de genre. Cette identité peut chez certaines personnes être mouvante.

« Des vêtements sans étiquette. Peu importe votre genre, ce qui nous importe c’est que nos vêtements conviennent à vos corps »

Certaines personnes ne s’identifient pas toujours dans le même genre, ou refusent de s’en  attribuer un, c’est ainsi que l’on nomme les personnes dites « non binaires»Les personnes non binaires ne se retrouvent pas dans une identité uniquement féminine ou masculine, et  s’identifient dans les deux genres à la fois en même temps ou de façon fluctuante dans le temps. D’autres personnes se définissent au delà des genres et se considèrent agenrées (genderless). Cette notion de genre est profondément en lien avec la mode. La mode permet justement de jouer avec son identité, d’incarner le genre homme ou femme ou les deux.
Une femme qui s’identifie au genre masculin, sans pour autant changer de sexe, souhaitera prendre des codes masculins dans son vestiaire. Et inversement.
Cette affirmation d’identité passe par le vestiaire pour une personne  qui signifie par sa tenue, son style, qu’elle n’est pas du genre assignée à son sexe.

Les genres c’est quoi au juste ?

Être fluide dans son genre peut prendre différentes formes. La non binarité : être une personne non binaire signifie ne pas se classer dans un genre spécifique, ne pas se définir homme ou femme, mais avoir une fluidité dans son identité de genre et se sentir soit les deux à la fois ou selon les périodes plutôt homme et par moment plutôt femme. C’est inclure les deux dans son identité, par exemple avoir des organes sexuels masculin et pour autant se sentir femme et donc porter es vêtements dits « féminins », très colorés, à paillettes… Ou inversement avoir un sexe féminin et se sentir homme et donc s’approprier une forme de masculinité et donc s’habiller avec des vêtements connotés « masculin » pour être identifié en tant que tel.

Cela permet de montrer sa non binarité, d’affirmer la fluidité de son genre visuellement. S’approprier un dressing au code masculin ou féminin quand on est une personne non binaire c’est aider les autres à nous reconnaitre, au-delà de notre sexe. S’approprier les codes des deux dressings à la fois, faire preuve d’extravagance et d’audace dans son style c’est aussi porter son identité « queer », une identité qui dépasse les genres normés homme/ femme et se construit avec créativité et liberté. Non genré : être non genré, agenré – genderless ou gender free- c’est refuser la binarité homme / femme. Ce n’est pas naviguer entre les deux, mais bien se définir au-delà du genre, en tant que personne sans vouloir rentrer dans une case.
La question du vêtement est importante pour toutes les personnes qui ne se définissent pas dans un genre en particulier, qui sont  fluides ou trans.
Les vêtements permettent justement d’exploser ce carcan de la binarité. S’habiller pour une personne non binaire, permet d’afficher son genre au-delà de son sexe et évite d’être « mégenré » c’est-à-dire associé à un type qui ne nous appartient pas.

Une mode genrée invisibilise tou.te.s celles, ceux et cieleux dont le genre n’est pas homme ou femme

La distinction homme / femme dans la mode invisibilise et exclue toutes les personnes qui ne se retrouvent pas dans une seule de ces catégories. C’est pourquoi en 202O, le « British Fashion Council » l’équivalent anglo-saxon de la fédération de la haute couture et de la mode a choisi de rendre la fashion week londonienne « genderless »Depuis 40 ans, les défilés hommes et femmes avaient chacun leurs dates, cette année en Juin et Septembre c’est une même date virtuelle qui a réuni tous les défilés pour ne faire qu’une seule fashion week, avec le souhait de refléter l’évolution culturelle du rapport au genre. Par définition, les vêtements peuvent être portées par tout à chacun et n’ont un genre que parce nous y collons une étiquette homme ou femme.

Qu’est ce qu’une marque réellement inclusive ?

Etre une marque inclusive signifie penser aussi à toutes les personnes qui ne se considèrent pas homme ou femme ou portant une transidentité. Et pour cela, la meilleure des solutions est encore de ne pas mentionner d’étiquette masculine ou féminine sur son vêtement, son site, mais de laisser le choix à chaque personne de choisir le vêtement pour ce qu’il est. Une mode inclusive serait débarrassée de toute connotation de genre. Aujourd’hui un homme qui souhaite porter une robe  est obligé d’aller au rayon femme. Et inversement, une femme qui  voudrait s’habiller de façon large doit aller au rayon homme.  Les rayons classent par défaut les identités de genre. Pour éviter cette stigmatisation et rendre la mode réellement libre et inclusive, le mieux reste de s’affranchir de cette distinction homme/ femme et d’évoquer les corps et les morphologies.

Comment être une marque inclusive ?

Une marque ou une boutique inclusive évoquerait ses vêtements en fonction des spécificités des corps, des morphologies et non des genres.
Il s’agit d’effacer le stéréotype homme / femme du vêtement en nommant directement  les vêtements par leur nom et leurs spécificités.
Ex : Pantalon large / Pantalon slim – Manteau pour épaule large /Manteau pour taille menue, plutôt que pantalon/ manteau homme ou femme.
Une marque inclusive remplace par exemple l’étiquette homme / femme par un schéma des corps. Une marque inclusive ne nie pas l’existence des genres et des différences morphologiques qui existent entre les corps. Au contraire, il s’agit de nommer les corps pour leurs spécificités morphologiques tout en s’affranchissant des stéréotypes. Enlever la notion de genre dans le vêtement permet à tout à chacun.e de s’approprier librement le vêtement, de le porter en fonction de ce qu’il, elle, iel a envie de porter, sans se sentir stigmatiser de devoir aller au rayon « homme » alors qu’on se sent femme.

Être une marque inclusive, c’est ne pas définir les styles par des adjectifs qui norment (tels qu’être « sexy » par exemple) c’est laisser à chacun.e s’approprier sa notion de cool et de sexy sans créer de normes. Cela permet, pour les personnes qui jouent avec les vêtements au-delà des normes, de reprendre confiance en sa propre beauté et en la multiplicité des beautés. Il y a tellement de styles plus désirables que celui d’être désiré.e. Être une marque inclusive c’est remettre de la bienveillance dans son discours, c’est redonner la puissance initiale que chaque corps possède dans sa plus grande diversité. C’est ce que propose la marque « Gender Free World », son slogan : « des vêtements sans étiquette. Peu importe votre genre, ce qui nous importe c’est que nos vêtements conviennent à vos corps ». Ainsi, sur leur site de vente en ligne la  marque propose des coupes selon des morphologies nommées A B C D correspondant à des types de corps. Aux client.e.s de choisir sa coupe en fonction de son corps et non de son genre. Ou encore la marque éthique « neutre dans le genre » Marrakshi Life, qui propose des vêtements colorés, des coupes variées : robes, manteaux, hoodies  sans  indiquer à  quel genre ces vêtements sont destinés, laissant ainsi chaque personne choisir pour elle-même son vêtement.

Pourquoi l’unisexe n’est pas une réponse appropriée à une mode inclusive ?

J’ai interrogé des personnes non binaires pour rédiger cet article. Iels m’ont parlé de leur rapport aux vêtements. Tou.te.s m’ont indiqué leur malaise vis-à-vis de la mode dite unisexe. L’unisexe tend souvent vers un androgyne masculin. C’est-à-dire des vêtements « passe partout », généralement pas très fun,  aux couleurs plutôt foncés, grise ou noire emprunté du vestiaire masculin.  Un vêtement unisexe tend à effacer les marqueurs de genre dans le style, surtout féminin.
L’unisexe n’est pas inclusif puisqu’il remet la question au centre de la marque. Or pour une personne non binaire il ne s’agit pas d’abolir son genre, mais au contraire de s’approprier celui  qu’elle ressent à ce  moment donné.
Ainsi, si l’on observe les comptes Instagram de personnes non binaires ou queer, on s’aperçoit au contraire qu’il y a une performance du genre. C’est-à dire une tendance à affirmer et à jouer avec son identité avec un look très marqué vers le féminin ou le masculin, pour justement jouer des codes du vestiaire de l’un et de l’autre. Généralement les personnes Queer ou avec une identité de genre fluide ou une transidentité ne cherchent pas le neutre mais au contraire le « fabuleux ». Il y a une forme de joie à explorer son identité de genre, à faire la performance de celle-ci, à s’approprier des codes vestimentaires et cette exploration ne se fait pas dans le neutre.

Etre en accord avec la fluidité de son genre, c’est au contraire rechercher l’extravagance, le joyeux, porter des couleurs. La mode « Queer » en est l’exemple. Il ne s’agit pas de l’effacer, mais au contraire de le révéler, de le porter fièrement. L’unisexe est souvent pensée par des personnes « cisgenres » (dont le genre correspond à l’organe sexuel). Des personnes qui n’explorent pas un genre opposé à leur sexe dans leur façon de s’habiller et donc pourrait s’approprier timidement un vestiaire « inversé ». L’unisexe tend plutôt à être utile pour les personnes cisgenres dans un couple hétérosexuel qui aimerait partager leur dressing. Le terme unisexe exclue toutes les autres personnes qui s’identifient au delà de la binarité homme-femme.

Jouer avec son genre dans sa façon de s’habiller inspire la mode

Jouer avec la mode c’est se réapproprier sa propre définition de la beauté, c’est afficher d’autres modèles. Cette créativité, très présente dans la culture Queer a beaucoup inspiré la mode des podiums. Aujourd’hui la tendance à l’upcycling et au DoItYourself est aussi pour les personnes non binaires une façon de transformer son dressing, en fonction de soi, de se réapproprier des codes vestimentaires.

Pour conclure, cette question du genre ne concerne pas que les personnes non binaires, ou agenrées. Tout à chacun.e, qu’il, elle, iel soit cisgenre, agenré, non binaire peut jouer avec les vêtements et être créatif dans son style au delà des genres. La preuve en est de la couverture du Vogue américain de décembre 2020 où le chanteur Harrys Style fait la couverture en robe. Harry se définit en tant qu’homme et pour autant porte des robes. Il redéfinit à sa façon la notion de masculinité. Faire la couverture en tant qu’homme avec une robe c’est porter toute sa confiance et son authenticité sans avoir besoin de se fondre dans une norme, dans un format de masculinité, c’est accueillir toutes les parties de soi. La mode est un jeu et ce sont celles, ceux et cielleux qui en jouent qui définissent désormais leur propres règles.

Pour aller plus loin :

Pour comprendre, apprendre, le mieux étant toujours d’écouter les personnes concernées, alors si le sujet vous intéresse, nous vous recommandons quelques comptes Instagram de fashionista libres dans leur genre qui inspirent par leur style et leur confiance.

@shedoeshim : la masculinité n’est pas un genre. « I’m not a man trapped in a woman’s body, but woman held prisonner in a world expecting me to fit in ». Je ne suis pas un home piégé dans un corps de femme. Mais plutôt une femme  tenue prisonnière dans un monde qui veut me faire rentrer dans un moule. @AlokVemon : la mode au-delà de la binarité de genre par les excellents Alok Vemon.

@dapperq : un magazine et compte en ligne pour dégenrer la mode.

Merci à Jo Matsaeff et Camille Hardouin pour leur temps et leur témoignage et à la marque Pitumarka d’avoir fait naître cette réflexion.

Crédits : Vogue, Marrakshi Life

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