#intissimicares : une collection de lingerie vraiment écoresponsable ?

#intissimicares : une collection de lingerie vraiment écoresponsable ?

La marque italienne de lingerie Intimissimi a dévoilé une collection de lingerie écoresponsable, #intimissimicares. La gamme regroupe sous-vêtements, bodys, nuisettes, pyjamas, kimonos… Nous savons d’ores et déjà que la marque s’est engagée à utiliser des matériaux recyclés et recyclables pour ses emballages et qu’elle participe au recyclage des vêtements via un partenariat avec I:CO. Mais que vaut vraiment #intimissimicares ?

La collection #intimissimicares propose des pièces de lingerie dans des tons très nudes, et pour la plupart ornées de dentelle. La vibe est donc très romantique et les couleurs douces évoquent effectivement un côté naturel. Les motifs floraux de certains modèles accentuent par ailleurs cette caractéristique. Les termes évoquant la nature sont de plus très présents sur le site. « Natural », « natural feeling », « nature’s dream », « pretty flowers », « light flower »…

En ce qui concerne le marketing, Intimissimi a misé sur des étiquettes évidemment vertes pour démarquer sa collection écoresponsable des autres produits, et sans plastique. La marque a également fait appel à des influenceurs sur Instagram pour promouvoir #intimissimicares. La collection a bien sûr été vantée comme écoresponsable, et elle l’est, mais seulement en partie (et en surface).

Les matières utilisées

La composition des modèles s’affichera sur le site une fois seulement après avoir sélectionné une taille. Mais avant de s’y intéresser en détail, on remarque que #instimissimicares utilise certaines matières écoresponsables. On retrouve notamment du viscose de bambou dans le kimono et le short « natural feeling » (ce qui est mieux que le viscose classique, mais moins que le Tencel), du modal (fait de cellulose de bois de hêtre) dans la nuisette « nature’s dream » ainsi que dans beaucoup de vêtements loungewear, du coton biologique dans les sweats et pantalons « days off » et de la soie certifiée par Bluesign. La marque utilise également des colorants d’origine végétale, ce qui est un bon début, mais la majorité des matières utilisées restent non écologiques, particulièrement dans les sous-vêtements.

Par exemple, dans la culotte « light flower », la dentelle est faite de 81% de polyamide et 19% d’élasthanne. Pourquoi ne pas avoir opté pour une dentelle en fils de lin ? Après vérification auprès de la marque, ils seraient recyclés, mais cette information n’est pas précisée sur la fiche produit. La tulle de ce modèle a quasiment la même composition que sa dentelle, alors qu’elle aurait pu être composé fils de coton bio ou, encore une fois, de lin. Sans compter que la patine est en coton classique, dont la production est très polluante.

En guise de nouvelle exemple, prenons cette fois un soutien-gorge : le modèle « evanescent love eleonora ». Certes la dentelle du produit est en partie en fils recyclés, mais il s’agit la du seul matériau écoresponsable. Le satin contient 92% de polyester quand la tulle en contient 100% et l’intérieur du bonnet 58%. Pourquoi donner tant de place à cette matière plastique ?

L’origine des produits

Pour ce qui est de l’origine des modèles, il n’y a aucune indication sur le site ni sur les étiquettes des produits. Mais après une demande en magasin, on apprend que chaque type de produit est fabriqué dans une usine différente, « selon leur spécialité ». La marque nous a révélé que si les produits sont conçus en Italie, ils sont plus précisément fabriqués en Europe de l’Est et en Asie, dans les usines du groupe Calzedonia. En magasin, on nous précise que les conditions de travail des employés de ces différentes usines sont « très surveillées par Intimissimi ».

Pourtant, paradoxalement, cette production répartie aux quatre coins du monde, servirait à limiter les coûts selon les employés. En effet, il est important que la mode écoresponsable soit accessible, et les prix de la gamme le sont : tangas et culottes à 15,90 euros, soutiens-gorge triangles à 35,90 euros… Est-il vraiment nécessaire de chercher à payer moins cher la main d’oeuvre lorsque la plupart des matières choisies sont déjà parmi les moins chères à produire ? Intimissimi nous précise par ailleurs qu’elle travaille avec des outils complexes et des technologies de pointe.

Un avis en demi-teinte

Les produits de la gamme ont un visuel raffiné et romantique très plaisant, mais ils sont produits en grande quantité, ce qui est en opposition avec une volonté écoresponsable de moins produire pour pousser à consommer mieux. Mais Intimissimi est une grosse enseigne, son public est large et la vaste production pourrait permettre à chacun de shopper responsable. Le problème majeur réside plutôt dans le fait que justement, #intimissimicares n’est pas si écoresponsable qu’il n’y parait. Les efforts fournis par l’enseigne pour proposer des modèles plus éthiques d’un point de vue environnemental sont appréciables, mais le résultat encore imparfait.

Trouver de l’élasthanne dans la composition n’a rien de surprenant et il serait difficile de leur en vouloir car un sous-vêtement a besoin d’un minimum d’élasticité. En revanche, polyamide, viscose, et polyester sont omniprésents et n’ont pas leur place dans une collection se voulant écoresponsable. Il est, de plus, difficile de distinguer un modèle recyclé d’un autre. Pour rappel, ces 3 composants sont synthétiques ou issus du pétrole, sans parler du coton, qui n’est que trop peu souvent biologique. Et malheureusement la fabrication n’est qu’une autre ombre au tableau, tout d’abord par le manque de transparence mis en avant sur le site, mais aussi de par la localisation des usines. On surveillera donc de près les prochaines initiatives engagées de la marque.

 

 

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