Inclusivité : où en est la mode en 2021 ?
2021-01-12

Inclusivité : où en est la mode en 2021 ?

C’est une image qui donne de l’espoir pour cette nouvelle année : sur la couverture du Vogue de janvier 2021, la mannequin qui pose n’est ni blanche ni filiforme. C’est Paloma Elsesser, modèle dite “plus size”, qui sublime la une. L’un des magazines les plus influents du monde donne l’image d’une industrie qui ne peut plus ignorer la demande pour plus d’inclusivité et de diversité. Comment s’est imposé le sujet au cours des dernières années et de quelle façon la mode l’aborde-t-elle en 2021 ?

© Vogue

L’inclusivité, contradictoire avec la mode ?

L’inclusivité est la valorisation des minorités ou communautés discriminées, qui prennent la parole et investissent des lieux de pouvoir afin d’apporter leurs expertises pour une société plus juste. Par définition, elle est intersectionnelle, dans le sens où elle englobe tous les aspects qui peuvent causer la discrimination d’une personne : genre, culture, croyance, origine, orientation sexuelle, apparence physique, statut social… La mode est une industrie réputée pour être très exclusive sur ces points, et l’on peut être vite découragé.e quand on voit le travail à accomplir pour atteindre une vraie diversité. Cependant, il est impossible pour une entreprise de mode aujourd’hui d’ignorer totalement l’inclusivité sans se faire pointer du doigt dans les médias et sur les réseaux sociaux. The Alleah analyse pourquoi 2020 et la dernière décennie ont valorisé cet enjeux majeur de l’industrie, et où en est la mode en 2021.

2020, une année de bouleversements

La mode est le reflet des événements de nos sociétés, et 2020 n’a certainement pas échappé à cette règle. Tout d’abord, la pandémie du COVID19 a démontré à quel point le système sur lequel est bâtie la mode est instable, problématique pour l’environnement et creuse souvent les inégalités sociales à cause de son modèle élitiste. Le mouvement Black Lives Matter a secoué l’industrie, en dénonçant les comportements racistes et en interpellant les entreprises discriminantes, incitant la mode à réexaminer le racisme qu’elle entretient. Les scandales provoqués par cette prise de conscience ont engendré de nombreux départs, comme celui de la créatrice de Reformation ou de la célèbre bloggeuse Andrea Medine Cohen de son media The Man Repeller. On a aussi remarqué que la Fashion Week SS21 était plus que jamais inclusive (bien que pas encore assez), avec des mannequins aux morphologies diversifiées dans les plus grands shows comme Versace, Alexander McQueen ou Fendi. Le magazine Antidote, dans son numéro d’anniversaire Statements, a fait de l’inclusivité son fer de lance en donnant la parole à de nombreux activistes sur le racisme, le féminisme, les discriminations liées à l’apparence… Toutes ces discussions qui se sont emballées en 2020 sont le résultat d’une décennie de remise en question du système.

© Versace

Une discussion qui s’est intensifiée durant la dernière décennie

En effet, les années 2010 ont mis en lumière les notions d’inclusivité et de diversité dans la mode. Si les choses ont avancé progressivement, la création des lignes Fenty de Rihanna, en commençant par sa marque Fenty Beauty en 2016, ont donné un élan très fort au mouvement, en créant du fond de teint pour toutes les carnations ou en faisant défiler des mannequins au corps réellement diversifiés dans ses défilés de lingerie. On peut également penser à la campagne ultra inclusive d’H&M pour l’Automne 2016 ou la ligne Tommy Adaptative de Tommy Hilfiger pour les personnes en situation de handicap. On peut désormais compter par centaines les initiatives inclusives dans l’industrie ! Cependant, nombreuses sont les marques qui jouent sur cet aspect positif tout en ayant des pratiques loin d’être responsables (par exemple, Tommy Hifilger est impliqué dans le scandale des Ouïghours et H&M est réputé pour ses actions régulières de greenwashing).

La mode doit aller au delà de l’image

En plus des pratiques non-éthiques de nombreuses marques, la mode a un problème de représentation au sein même de ses entreprises. Comme l’a très justement mis en lumière le mouvement Black Lives Matter, l’inclusivité n’est pas une image que doivent se donner les marques et les média en mettant en valeur des minorités dans leur contenus. Il est question d’une remise en question profonde des institutions et entreprises du secteur, pour que les personnes qui y travaillent soient aussi issues de minorités et nommées à des postes décisionnels. De plus, se donner une image inclusive et diversifiée, peu importe qu’elle soit conforme ou non aux profils employés par l’entreprise, n’a pas de sens en tant que démarche humaniste pour une marque si ses produits sont manufacturés par des gens maltraités le long de la supply chain, ou portent atteinte à la santé de l’environnement. L’inclusivité est une démarche essentielle dans laquelle doit s’investir encore l’industrie de la mode, mais elle ne prend tout son sens qu’au moment où elle est associée à des pratiques durables sur le long terme. Nous espérons donc que 2021 sera l’année où l’inclusivité se retrouve dans la communication, les structures et les pratiques de l’industrie !

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