Un rapport dévoile les résultats inquiétants de l’industrie de la mode
2021-03-30

Un rapport dévoile les résultats inquiétants de l’industrie de la mode

Business of Fashion a révélé le 22 mars son Sustainability Index, un rapport de 45 pages sur les 15 plus grosses entreprises du secteur. Ce document analyse le niveau d’action de ces acteurs pour une mode durable, et les résultats sont loin d’être rassurants.

Le Sustainability Index a sélectionné quinze des plus grosses entreprises de la mode (basé sur les revenus de 2019), parmis trois catégories : luxe (Kering, PVH, Corp, Hermès, LVMH et Richemont), high street (H&M Group, Levi Strauss & Co, Inditex, Gap Inc et Fast Retailing) et sportswear (Nike, Puma, VF Corp, Adidas et Under Armour). 

Ces géants de l’industrie ont été notés sur 338 critères couvrant six grandes thématiques de la mode responsable : transparence, émissions, eau et produits chimiques, matériaux, droits des travailleurs et gâchis. Cette notation ultra complète a pour ambition de dresser un panorama de l’industrie et des efforts restants à accomplir au niveau de la durabilité. Et, comme on pouvait s’y attendre, les plus grosses entreprises du secteur sont loin du compte.

Des résultats peu surprenants mais affligeants

En effet, les 15 entreprises obtiennent la note moyenne de 36 sur 100 (équivalent à un 7,2 sur 20…). Les meilleurs scores toutes catégories confondues sont attribués à Kering et Nike (49 et 47), tandis que les plus bas vont à Richemont (14) et Under Armour, avec un affligeant 9/100. La catégorie où l’écart entre entreprises est le plus large est celle concernant les émissions, avec 78 pour Levi Strauss & Co et 0 pour Under Armour. Celle qui obtient le plus haut score généralisé est la thématique dédiée à la transparence (aka comment communiquent les marques sur leur fonctionnement et leur impact) avec 49/100. Globalement, ces notations démontrent des efforts largement insuffisants de la part de ces entreprises, pourtant sélectionnées pour leurs chiffres d’affaires colossaux et ayant donc de larges moyens d’action. 

Les droits des travailleurs et le gâchis délaissés

Parmi les 6 thématiques responsables, les deux plus mauvaises notes reviennent aux droits des travailleurs (27/100) et au gâchis (24/100). Comment expliquer une situation accablante pour ces deux aspects pourtant majeurs ? Concernant les droits des travailleurs, cela peut s’expliquer par l’opacité des supply chains. Moins de 50% des marques ont indiqué une liste complète de leurs Tiers 1 suppliers, qui sont pourtant les fournisseurs les plus proches d’elles dans la chaîne de production ! Dans ces conditions, impossible en effet pour les marques de certifier que celles et ceux qui produisent leurs vêtements reçoivent bien un living wage, car elles sont incapables de déterminer leur identité ou ne souhaitent pas la communiquer au public.

Le gâchis textile est finalement le point le plus négligé. Actuellement, la majorité des business models de marques, surtout de grandes entreprises comme celles-ci, n’ont pas été conçus avec la mode circulaire en tête et manquent gravement de flexibilité. S’attaquer à cet aspect de leur production demande de repenser tout leur fonctionnement et donc d’investir des sommes colossales. Comme le montre le rapport, il y a un manque de volonté à ce niveau et le profit à court terme est favorisé.

L’opacité : un facteur aggravant pour la progression de l’industrie

L’un des points les plus soulignés par l’équipe qui a réalisé le rapport est tout de même l’immense difficulté qu’ils ont eu à réunir les informations qui constituent leurs résultats. Manque de communication des marques, absence d’outils de mesure généralisés, impossibilité de vérifier certaines déclarations… Des mois de travail ont été nécessaires pour franchir ces difficultés et parvenir au rapport, dont les rédacteurs insistent qu’il ne peut pas être exact au vu de ces multiples zones d’ombre. Le Sustainability Index reste un outil très utile et une sonnette d’alarme convaincante sur l’état de l’industrie. Nous vous conseillons vivement de le lire en entier ! Vous pourrez le télécharger (en anglais) depuis ce lien. Cela nous démontre qu’en plus des actions liées à la durabilité, l’industrie doit clairement mettre la main à la pâte pour obtenir des informations sur ses propres pratiques et les rendre accessibles à tou.s.tes. Aux géants de montrer la voie !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

deux × 4 =